Ces grands hommes qui font les grandes avenues

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Phnom Penh est une drôle de capitale où le visiteur peut tomber nez à nez avec Charles de Gaulle, Mao Tsé Toung ou encore Kim Il Song. Certes, ces illustres personnages passés à la postérité ne sont au Cambodge que sur des panneaux indiquant des rues, mais leur présence n’est pas anodine. Ceux qui cherchent l’ambassade d’Allemagne la trouveront, ironie du hasard, à la rue Josep Brotz Tito.

D’autres portent le nom de pays, comme les rues de France et de l’Union européenne, en français dans le texte, et celle de la Yougoslavie.

Certains axes ont fièrement gardé leur nom du premier jour où ils furent tracés ; c’est le cas de la rue Pasteur. Mais, devant les bouleversements politiques locaux ou internationaux, nombre de boulevards et avenues ont été renommés, comme l’ancien boulevard de l’Union Soviétique (USSR), menant à l’aéroport Pochentong, devenu, à la chute du grand frère aux cheveux blonds, boulevard de la Confédération de Russie.

Sous le Protectorat français, un canal coulait sous le pont des Nagas, au pied du Wat Phnom. De chaque côté se trouvaient deux quais, le quai Verneville et Piquet. Le canal disparaissant, les quais sont devenus les rues 106 et 108. Le grand axe majeur qui transperce de part en part la ville du Watt Phnom au pont dit « Viêtnamien » a été crée entre 1885 et 1895 sous le règne du roi Norodom. Ce boulevard prit d’abord le nom du capitaine de frégate Doudart de Lagrée avant de devenir légitimement le boulevard Norodom.

Le boulevard qui longe le Palais Royal ne s’est appelé Sothearos qu’au début des années 1990. Il avait été baptisé Tou Samouth, fondateur du parti communiste cambodgien, puis Lénine, pour rester dans la mouvance.

Parallèlement, le quai Sisowath qui longe le fleuve était jadis connu sous le nom de quai Lagrandière avant de devenir une première fois le quai Terak Vitei Preah Bat Sisowath, puis le quai Karl Marx pour redevenir enfin Sisowath. Au niveau du port se trouve une superbe maison coloniale (une survivante), devenue un restaurant, la Maison Chinoise. La rue qui perpendiculairement à ce quai longe la maison jusqu’à la rue de France s’appelait, dans les années 1900, rue des Ecoles puis est devenue rue Pottier. Elle a ensuite été renommée par le chiffre 12 et est maintenant la rue Vitei Neary Khlahan (rue des filles courageuses), plus connue sous le chiffre 84.

La rue 128, appelée dans sa jeunesse rue du cimetière annamite est devenue sous l’occupation viêtnamienne, la rue de l’amitié khmèro-viêtnamienne pour être aujourd’hui la Kampuchea Krom.

En 1996, un démineur anglais de l’organisation MAG est capturé en compagnie de son assistant par une bande de rebelles khmers rouges dans la région de Beanteay Srei. Il sera rapidement assassiné et, en hommage, le gouvernement donnera son nom, Christopher Howes, à la rue 96 où se trouve désormais l’ambassade des Etats-Unis.

Et enfin, rares sont ceux qui regretteront la disparition de la rue du maréchal Pétain, devenue tout simplement la rue 86.

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