Le Barang a migré

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Les pirates de la mer de Siam

Toute cette eau qui tombe du ciel me rappelle une autre histoire d’eau, mais de mer, cette fois. Cette histoire est, comme toutes celles que je vous raconte, totalement véridique. Ainsi allait la vie dans un Cambodge aujourd’hui révolu, où la réalité dépassait bien souvent la fiction…

Le vent souffle en rafale sans discontinuer depuis plus d’une semaine. Le ciel n’est qu’épais nuages de moussons, lourds et noirs. Ils déversent sur la jonque des averses furieuses, tantôt furibondes, tantôt piquantes comme des épines. Le Golfe de Siam, tout entier, est démonté. La mer mugit et secoue la frêle Song Saigon de tous côtés, précipitant sur ses flancs des vagues énormes, lentes et baveuses, qui s’abattent avec des détonations d’artillerie lourde un jour d’offensive. 

L’étendue moirée n’est que mouvement. Tout bouge, tangue et roule. Le pont, et surtout le mat de misaine, grincent, craquent et semblent se fissurer par endroits. Les vagues n’en finissent pas de se succéder qui frappent les flancs du bateau avec une force inouïe. La houle est permanente, harassante, épuisante. Nulle part où accrocher son regard ; nulle attache pour fixer son esprit : tout n’est que bruit assourdissant et mouvement perpétuel. 

La mer est une montagne liquide. La houle qui part est suivie d’une nouvelle qui arrive. Sur les crêtes de ces monstres d’eau, bouillonne l’écume blanche, seul reflet où poser pour un temps son regard fiévreux sous la lune. L’ouragan s’engouffre dans l’immense voile rouge enroulée sur elle-même, fait furieusement claquer les haubans, siffle et gémit sans relâche. Le mouvement rend malade à mourir et le hurlement incessant du vent fait devenir fou. 

En plein milieu de nulle part, à plusieurs miles nautiques des côtes cambodgiennes en ce mois de juillet 1996, l’équipage de la Song Saigon, composée en majorité d’Occidentaux, est éclectique. Deux scaphandriers français, quelques plongeurs indonésiens, un vieux capitaine usé, un cuisinier, un avocat d’affaires, un ingénieur en sonar, un journaliste peu téméraire, deux militaires khmers armés de M16 et le commandant de l’expédition, le Britannique Mike Hatcher. Le journaliste et l’avocat, embarqués malgré eux dans cette galère, pensaient vivre une croisière « à la Cousteau ». « Vous verrez les dauphins », leur avait-on dit. Et puis, c’était le seul moyen pour s’entretenir de longues heures avec l’un des plus grands aventuriers du vingt-et-unième siècle. Or, Hatcher est débordé et les deux marins d’eau douce sont trop malades pour tenir un stylo ou rédiger un contrat. 

Par période de 14 jours, depuis plusieurs mois déjà, Michael Hatcher, cet Indiana Jones des océans, ce milliardaire chasseur de trésor renommé, quadrille la zone du récif du Condor. Le rocher mythique se situe au large de Sihanoukville, affleurant sur une ancienne route maritime qu’empruntaient les jonques chinoises pour rejoindre les mers du Sud. Là, des dizaines de navires ont péri corps et biens. Michael Hatcher et son équipe recherchent un bateau bien particulier ; une embarcation qui fût jadis la propriété des frères Ralph Lampton, sombrée sur le récif du Condor une nuit de l’année 1675. À son bord, plusieurs hommes d’équipages, mais surtout une cargaison de porcelaine Ming estimée à plus de cent milles pièces, et des lingots de plomb, d’étain, des barres de cuivre, et du mercure. 

Il est quatre heures du matin. La houle est devenue plus forte depuis une heure. Tout l’équipage est sur le pont, même ceux qui n’ont rien à y faire. À mourir, autant mourir à l’air libre !

Chacun tente dans ce tournis sans fin d’obéir aux ordres d’un capitaine débordé et surtout de ne pas être projeté à la mer par une déferlante. Soudain, le mât hurle, se tord puis se déchire en biais, de bas en haut. Dans un fracas énorme l’énorme rondin de teck vient de s’affaler sur le côté. Il pend comme une branche d’arbre, retenu par les cordages entremêlés. Les hommes de pont connaissent leur affaire. Rapidement, malgré les énormes vagues qui les submergent, ils finissent d’abattre le mât, le dépouillent de ses gréements, entassent la voilure, et attachent le long et lourd pilonne désormais inutile sur le côté de la jonque. 

La tempête redouble alors d’intensité et le ciel se zèbre d’éclairs. L’orage n’en finit pas. Soudain, des détonations répondent aux coups de tonnerre et des balles traçantes filent sur le noir cotonneux du ciel. Le lieutenant Sarim, l’un des deux militaires chargés de la sécurité de l’expédition, épuisé de mal de mer, décide de massacrer à coups de M16 les esprits du ciel, avant de couper les cordages des embarcations de survie. Le croyant fou, Mike, un des plongeurs indonésiens, se précipite sur lui, le désarme et le ligote dans la cuisine. 

Les balles ont du atteindre leur cible, car c’est cet instant précis que la mer choisit pour se calmer et le ciel pour se dégager, laissant place à une lune aussi ronde que calme. La jonque, en piteux états, rentrera au port. Quelques jours plus tard, l’équipage, cette fois-ci sans l’avocat et le journaliste, reprendra la mer. La Song Saigon et sa bande d’aventuriers connaîtront d’autres péripéties comme, entre autre, une attaque de pirates. 

Etalées sur un an, les fouilles ont été stoppées nettes par le coup de force de juillet 1997. Hormis quelques lingots d’étain et des fragments de porcelaines, rien ne remontera jamais officiellement à la surface. Les plongeurs auraient repéré d’autres épaves anciennes et certaines, plus récentes, notamment des navires de boat people échoués sur le récif du Condor dans les années 1980. Michael Hatcher a quitté le Cambodge pour ne plus jamais y revenir. 

Quant à Sarim, le lieutenant qui parvint à tuer, un soir de juillet 1996, les mauvais esprits de la tempête dans le ciel cambodgien, personne ne l’a jamais plus revu… 

Cambodge, un drame sans fin – Chapitre I

Mercredi 3 septembre 1997 – Crash du vol VN815, 64 morts

La Taïwanaise aux Mickey (3)

La carlingue, du moins ce qu’il en reste, est désormais en vue, à moins de 150 mètres de là. Malgré la pluie intense qui semble ne pas vouloir cesser, des parties de l’épave sont encore en feu. 

Tout en photographiant les pilleurs chargés de produits divers provenant de l’avion nous arrivons à quelques mètres du but. Je baisse enfin mon appareil photo, sors la tête de mon sac plastique et la question que je pose à Rith est certainement la plus incongrue qu’il m’ait été de poser de toute ma carrière. 

– Il y a des morts ?

Rith me regarde avec un tel étonnement qui en dit long sur l’inconvenance de ma question. Il me répond avec un mouvement circulaire du bras :

– Regarde !

Nous sommes littéralement entourés de cadavres. A quelques mètres de moi seulement, couché en travers de l’étroite digue, le corps sans vie d’un enfant. Il doit avoir une douzaine d’années. Ses membres sont désarticulés comme une poupée abandonnée par une chipie après l’avoir maltraitée. Une de ses jambes, jusqu’au genou, n’est qu’un morceau de charbon qui n’en finit pas de se consumer. 

Et cette pluie qui redouble.

Je sors enfin de ma bulle. La mort est partout ; des corps sans vie gisent à des dizaines de mètres de cet qui fût jusqu’à il y a moins d’une heure, l’un des transports les plus sûr du monde. En théorie. 

La carlingue a été sectionnée en plusieurs morceaux. Il manque des pans entiers du fuselage. Comme si un énorme pétard avait explosé dans une boite de conserve, projetant son contenu tout autour. 

Les ailes ont disparu. 

Le cockpit est totalement écrasé, broyé, méconnaissable, enfermant dans sa gangue de fer le commandant, le premier officier et le radio. Partout des sièges ou des morceaux de sièges, des gilets de sauvetage, des masques à oxygènes. Ici, un fragment de porte reconnaissable à sa poignée. Là, une partie du train d’atterrissage. Les panneaux de plastique qui recouvrent habituellement l’intérieur de l’avion ont éclatés en mille pièces. Ils jonchent le sol. Des restes de compartiments à bagages aussi.

La majorité des passagers a été éjectée, certains encore solidement attachés à leur siège. 

Ceux qui sont restés dans la carlingue ne sont, pour la plupart, plus reconnaissables. La scène atteste de la violence inouïe du choc. Une partie de l’avion n’est que bouillie de ferraille d’où dépassent quelques membres humains. Deux pieds et un avant-bras. 

Les rizières sont jonchées d’autres débris en tous genres. Des tonnes de morceaux de métal, de barres de fer, de blocs de fils électriques, de pièces électroniques. L’avion a dû se désintégrer en touchant le sol. Nombreuses sont les parties de la carlingue qui brûlent encore ou qui finissent de se consumer. La pluie a certainement contribué à arrêter certains incendies. Mais d’un morceau de ce qui reste de l’avion s’échappe une épaisse fumée noire que forment de grosses flammes encore vivaces. Un réservoir de kérosène ? 

Je suis impressionné par le nombre de débris et leur variété. Certaines valises ont été éventrées et de nombreux habits jonchent le sol. Les autres ont disparu, emportées par les pilleurs.

Avec Rith nous nous séparons et partons explorer les lieux. 

D’autres journalistes arrivent. Des militaires sont déjà là, armés, ainsi que des policiers de l’aéroport et des membres du personnel de la compagnie concessionnaire. Un policier de l’ambassade de France vient d’arriver, en uniforme. L’aéroport appartient au groupe français ADP. Pour l’instant aucune familles ou proches des victimes. Je me dis qu’ils ne vont pas tarder à arriver. Comment les autorités aéroportuaires ont ils annoncé la chose ? Les proches qui attendaient ont-ils entendu le fracas du crash avec la pluie ? Ont ils eux aussi vu les flammes « plus haute que les palmiers » et fait un quelconque rapprochement avec le retard de l’avion ? Je me pose toutes ces questions en parcourant cette rizière jonchée de cadavres.

En passant près d’un massif d’arbres, je remarque que des pièces métalliques du fuselage sont accrochées aux branches. La thèse de l’explosion se confirme. Ici, la tête d’une vache, sa longue langue rose dépassant sous son museau. Pas de trace du reste. 

Cela fait plusieurs fois que je fais le tour des débris, que je passe à côté des corps, dont beaucoup, mais pas tous, sont encore entiers. 

Une idée m’obsède. Où sont les cadavres des hôtesses de l’air ? Sur cette compagnie, elles sont toutes vêtues d’ao-dai de couleur rose, cette « tunique uniforme traditionnelle » si caractéristique. 

Cela ferait une « plaque », une photo unique. Pour être exploitable encore faudrait-il que les corps de ces pauvres filles soient entiers…

Le Cambodge, des Khmers rouges à nos jours (3)

Poursuite du conflit après la chute de Pol Pot

Au sortir du régime des Khmers rouges et du conflit avec le Viêt Nam, la situation économique du Cambodge est désastreuse ; le pillage des ressources du pays par les troupes vietnamiennes ne faisant qu’aggraver les choses : durant les six premiers mois de 1979, environ 80 000 personnes fuient le Cambodge pour gagner la Thaïlande.

Les réfugiés, dont beaucoup périssent du fait des mines antipersonnels dont le Cambodge est truffé, sont renvoyés dans leur pays par les autorités thaïlandaises dans des camps, notamment dans la province de Preah Vihear, où les conditions de vie sont plus que précaires. La situation alimentaire du pays empire encore : les troupes vietnamiennes ont en effet attaqué au moment de la moisson de riz et les stocks alimentaires ont été razziés par les deux camps belligérants. À partir du mois d’août 1979, l’exil des Cambodgiens devient un véritable ras-de-marée : plus d’un million de personnes, poussés par la famine générale, déferle sur la frontière thaïlandaise.

Les Khmers rouges envoient également leurs troupes les plus mal en point dans les camps de réfugiés : l’aide humanitaire, qui afflue vers les camps en transitant par les Forces armées royales thaïlandaises, contribue à aider les troupes khmères rouges à se remettre sur pied. Après la première vague de l’exode des Cambodgiens, une population de cent mille à trois cent milles réfugiés civils demeurent réfugiés dans les camps à la frontière thaïlandaise, sur une bande d’une trentaine de kilomètres : ils constituent une masse humaine utilisable par les divers groupes de résistance anti-vietnamienne, que la Chine ravitaille en armes légères par l’intermédiaire de la Thaïlande. Au niveau international, l’entrée au Cambodge des troupes vietnamiennes est condamnée par la majorité des pays. 

Ainsi au lieu de considérer cet évènement comme la fin d’un régime génocidaire, la communauté internationale estime que le Vietnam est une force d’occupation illégale !

Sous la pression notamment de la Chine et des États-Unis qui souhaitent empêcher le Viêt Nam et surtout son allié, l’URSS, de se poser en puissance dominante en Asie du Sud-Est, l’ONU ne reconnaît pas la nouveau gouvernement de Phnom Penh mis en place par le Vietnam. 

A la suite d’un vote en novembre 1979, les Nations unies considèrent même le Kampuchéa démocratique, le parti de Pol Pot, dont le représentant continue de siéger à l’Assemblée générale, comme seul gouvernement légitime du Cambodge.

La communauté internationale va donc décider que le régime des Khmers rouges est un régime fréquentable qui aurait du rester en place ! La géopolitique a toujours méprisé les peuples. Cette décision en est un pur exemple.

Bernard Trink, l’oiseau de nuit de Bangkok ; sa dernière page

Bernard Trink vient de mourir à l’âge de 89 ans. Jamais entendu parler ? Normal. Le monde aseptisé d’aujourd’hui a englouti son oeuvre dans les profondeurs de sa pudibonderie. Trink reste malgré tout, pour certains journalistes et de très nombreux « anciens » expats’ de Bangkok ou de la région, une institution ; un monstre. Le monstre de la nuit. Durant 40 ans, Trink a croqué la vie nocturne de Bangkok. Sans filtre ni censures !

« A l’époque, une relation avec une prostituée coûtait 35 baths. Mais pour certaines, moins jolies, cela pouvait tomber à 10 baths. Je suis curieux, alors je lui donne les 10 baths. Après avoir fait ce que nous avions à faire, je lui demande pourquoi elle porte un bandage au poignet. Elle l’enlève et me montre son bras. Elle avait la lèpre ». 

En 2014, la journaliste Barbara Woosley rencontre Bernard Trink dans les locaux du Bangkok Post et publie ce qui sera sans nul doute son dernier interview. L’homme est alors une légende vivante dans le monde interlope de la nuit et du journalisme à Bangkok. Elle lui demande une anecdote et la « fille à la lèpre » est ce qu’il choisit de lui raconter.

Bernard Trink est arrivé en Thaïlande en 1962. Et jusqu’en 2003, pour le Bangkok World (l’ancêtre du Bangkok Post) il va « couvrir » les folles nuits de Bangkok dans sa célèbre page « Nite Owl ». 

Ses sujets ? La vie de la nuit, des bars, des salons de massage, et surtout celle des prostitués, des barmen, des clients, et de tous ceux qui gravitent autour de ce monde. Un regard décalé sur un univers qui l’est tout autant. 

Il aura laissé des tas de petites phrases décrivant l’attitude, le comportement ou les habitudes des filles de bars « à l’intelligence du poisson rouge et à la ruse du renard » ; estimant souvent que le bar était pour elles davantage qu’un simple gagne-pain : « on peut enlever une fille d’un bar. On n’enlèvera jamais le bar de la fille ». Son regard peut paraître crû aujourd’hui. On oublie toujours qu’on regarde le passé avec les yeux du présent. Une des raisons pour laquelle le monde ressemble de plus en plus au roman d’anticipation de G. Orwell, 1984. 

Avec quarante années de publications ininterrompues, il sera le journaliste qui aura tenu une chronique le plus longtemps au monde. Passant au fil du temps de trois pages avec photos à une demi sans illustration, elle sera arrêtée du jour au lendemain par la direction qui ne désire plus couvrir ce genre de sujets. 

« Je n’ai jamais essayé de changer les prostitués, de leur demander de devenir couturières ou quelque chose comme ça. Ce n’est pas mon boulot. Je décris seulement ce qu’elles sont », disait-il encore dans son dernier interview. 

Dans les années 1990, le Bangkok Post avait déjà tenté de supprimer sa chronique. Un regard qui ne collait déjà plus avec le monde tel qu’il évoluait. Trink devint ainsi un dinosaure et sa page, un cailloux dans la chaussure du politiquement correct.  Le journal avait pourtant dû se résigner à la garder tellement le courrier des lecteurs en colère reçu avait été important. 

Cela peut faire sourire mais Trink était un grand féministe. Pas de celles modernes, foldingues et castratrices, mais de celles qui défendent les femmes dans leurs choix. Il n’a jamais supporté les bordels mais a toujours respecté les « bars à filles ». Il terminait chacune de ses chroniques par une phrase qui peut se traduire par « Mais, je m’en fous ». 

Alors, Trink, bon vent et en souvenir de cette soirée au French Kiss de Patpong avec un autre grand monsieur de la plume, le papa de Malko Linge, je m’en vais boire un jus d’orange à ta santé… 

But, I don’t give a hoot

Je vis une vie dangereuse… sur Facebook !

J’ai fait une grosse boulette. J’ai accepté des amies cambodgiennes sur Facebook. Au début, je n’ai pas fait attention, dès que je recevais une demande d’amie j’acceptais parce que c’était l’amie d’une amie. Et puis, au final je me suis retrouvé avec 1500 amies sans même savoir comment. 

Depuis lors, mon mur est totalement envahi de publications totalement surréalistes. Et j’ai perdu toutes mes copines françaises… Mais pas mes copains célibataires ! Eux ne rêvent plus qu’une chose maintenant : venir me rendre visite !

Tout a commencé avec HotyPussy, une jeune étudiante en français que j’ai rencontré à la bibliothèque de l’Alliance française. Les jeunes filles cambodgiennes sont toutes très jolies, certes, mais elle font vraiment beaucoup plus jeunes que leur âge. HotyPussy n’est pas son vrai prénom, mais sur Facebook elles ont toutes des pseudos un peu étonnants, comme Kikicrazy, Luvusomuch ou Bananahut. Donc HotyPussy a 22 ans, mais en photo elle ressemble à une gamine de 16 ans. Un jour, elle a mis une photo d’elle sur mon mur. On l’y voit dans une tenue de sport très sexy tenant à la main une bouteille de Coca ; elle fait la « bouche de canard » (beaucoup de jeunes filles font la bouche de canard quand elles prennent un Selfie). Mais surtout elle a écrit : « Je suis trop chaud ». Immédiatement mes amies en France m’ont envoyé des tas de messages privés pour m’insulter. Elles m’ont dit comprendre pourquoi j’étais parti au Cambodge et que ce n’était pas seulement pour les temples et la culture. Beaucoup ont crié au scandale pensant qu’elle était mineure ! En fait HotyPussy a juste confondu le verbe être avec avoir. Elle a voulu me faire plaisir pour me montrer qu’elle parlait ma langue, mais elle aurait dû écrire « j’ai trop chaud ». Un détail qui a son importance…

Ce n’est qu’une infime partie du cauchemar Facebook au Cambodge. 

La plupart des jeunes filles n’ont pas énormément de loisirs. Leur principal loisir c’est « jouer » à Facebook. Et comme elles n’ont en outre que très peu de centres d’intérêts en dehors du shoping, elles n’ont pas grand-chose à publier hormis des photos de fringues et de sacs à main. Elles relaient également des vidéos de chansons cambodgiennes romantiques (toutes les chansons cambodgiennes sont romantiques et surtout très tristes). Ensuite, elles publient des tonnes de vidéos où des filles face caméra montrent des robes, des chaussures, des sous-vêtements ou des sacs à main à vendre. Mais là où elles excellent c’est dans la publications d’images qui expriment leur émotion du moment, la mélancolie ou la tristesse, (comme les chansons qu’elles écoutent). Enfin, lorsqu’elles ne sont pas tristes, elles postent des photos d’elles faisant la moue avec des bouches en canard et des signes de victoire avec les doigts. Mais pas seulement. Je ne parle pas des photos de soupes de poissons ou de salades de mangues vertes. Comme elles mangent tout le temps, elles publient toute la journée des images de ce qu’elles avalent ! 

Elles sont en outre fascinées par les accidents de la circulation, même si elles conduisent sans casque et souvent n’importe comment, tenant leur poignées paumes vers le haut. Je crois que les vidéos d’accidents graves postées sur leur profil arrivent en quatrième position dans le top 5 des publications. 

Un copain m’avait prévenu : « n’aies pas d’accident grave au Cambodge, sinon tu es certain que ton agonie va faire un million de vue en quelques heures ». Pire, il y a même des gars qui commentent le drame en direct. Les gens agonisent sur le bord des routes et il y a des types qui, tout tranquillement, au lieu de se précipiter pour porter les premiers secours, jouent les commentateurs sportifs en « direct live ». Il n’y a pas que les accidents de la route. On trouve de tout comme vidéos trash : des gars qui tabassent leur épouse avec des hachoirs, des types qui se sont noyés depuis une semaine et qu’on extirpe de l’eau en gros plans, des gens qui font subir des violences inouïes à des enfants, et j’en passe. Les gens filment tout et surtout publient ou relaient sans complexe absolument toutes les horreurs du monde. 

Enfin, j’avoue que j’ai été un temps intéressé par approfondir davantage ma relation avec HotyPussy. Bien mal m’en a pris. Tout ce que je lui disais en privé finissait en public sur Facebook. La moindre photo de nous deux aussi. Elle enregistrait nos conversations téléphoniques et les mettait sur Facebook. Notre relation existait bien davantage sur les réseaux sociaux qu’en réalité. Tout le monde participait et surtout commentait. Et quand elle était triste parce que je ne répondais pas dans les 30 secondes à ses messages, elle écrivait qu’elle allait se suicider en direct, image explicite à l’appuis. Puis, quelques minutes plus tard, elle postait une photo d’une soupe aux crevettes suivie d’un Selfie d’elle avec la bouche de canard !

Au Cambodge, c’est un fait, la vie virtuelle est bien plus dangereuse et torride que la vie réelle ! 

Cambodge, un drame sans fin – Chapitre I

Mercredi 3 septembre 1997 – Crash du vol VN815, 64 morts

La Taïwanaise aux Mickey (2)

En bout de la longue avenue qui quitte la ville se dresse déjà une longue colonne de fumée noire. La pluie et les bourrasques de vent redoublent de violence. Nous longeons la haute clôture de grillage qui sépare la route de la piste d’atterrissage et cherchons un chemin pour accéder au lieu du crash. De toutes évidence l’avion a manqué le tarmac et s’est écrasé à quelques centaines de mètres de la bande de bitume, dans les rizières en dehors de la zone délimitée de l’aéroport. Totalement à l’opposée de là où nous sommes. La piste de terre qui mène au crash est en très mauvais état, bourrée d’ornières. Avec cette boue, la moto patine bien qu’équipée de pneus à crampons. Nous progressons lentement. Avec difficulté. Puis le chemin s’arrête sur un immense champs de rizières dont les parcelles sont séparées entre elles par d’étroites diguettes formant des rectangles de tailles différentes. Contraints d’abandonner la moto contre un palmier et de continuer à pieds, nous nous enfonçons dans la gadoue à chaque pas. 

Il pleut désormais à torrents. La visibilité est réduite à cet écran d’eau devant nos yeux. Nous croisons des tas de gens. Une multitude de paysans, qui, contrairement à nous, ne vont pas vers les lieux du crash. Ils en reviennent. Certainement les habitants des environs. Pas de villages à proprement parler dans cette zone mais des cahutes plantées de-ci, de-là, le long du chemin de terre. Au vu du nombre de personnes présentes dans le périmètre, surtout des hommes, le crash a très rapidement attiré des tas de curieux de ce coin de la ville. 

Tous portent quelque chose : des valises, toutes sortes de sacs, et des brassées de vêtements divers. Le spectacle est étrange, irréel même. Des paysans, un krama autour des hanches ou en shorts et torses nus sous une pluie battante qui charrient des valises Delsey dans les rizières détrempées en pleine campagne cambodgienne ! Je ralentis, sors mon appareil tout en marchant et commence à mitrailler. Parfois il s’arrêtent et posent en souriant, les bras encombrés de sacs de voyage. La situation est totalement ubuesque. 

C’est grâce à ces photos et ceux de mes collègues que nous retrouverons, plus tard, ceux qui ont « récupéré » les boites noires de l’appareil (en réalité des sortes de boules ressemblant à des bonbonnes de gaz de couleur orange). Des officiers du gouvernement sont passés le lendemain du crash dans les agences de presse et dans tous les journaux pour demander une copie de toutes les photos prises ce jour-là. Ils ont ensuite publié dans la presse locale et à la télévision les images de ceux qui détenaient des pièces de l’avion, importantes pour l’enquête, dont ces fameuses boites noires. Il a été offert de l’argent en récompense à ces pilleurs. Jusqu’à 1500 dollars pour un enregistreur de vol.

Certains ont perdu la vie dans cette rizière et d’autres y ont fait fortune.
Le malheur des uns… dit-on !

Ce « maudit français » et son Covid à Siem Reap : peur sur la ville !

Bref, c’est le buzz du moment ! Un jeune français est arrivé récemment au Cambodge. Testé négatif 72 heures avant son départ, puis encore négatif à son arrivée, il est soumis à une « quatorzaine » chez lui, à Siem Reap, avant un dernier test. Or ce dernier s’avère positif. Horreur, le jeune homme n’a jamais respecté son confinement et a participé à plusieurs fêtes locales !

Première question : comment peut on être deux fois négatif en presque trois semaines et une fois positif ? C’est une question que se posent une poignée d’internautes, mettant en cause la fiabilité des tests, d’autant que le jeune homme est asymptomatique. Mais cela semble secondaire au vu de la panique que l’annonce de ce cas a engendré par le fait qu’il a « mis en danger » énormément de monde, comme on peut le lire dans les nombreux commentaires qui pullulent sur Facebook. La plupart de ceux qui l’ont côtoyé ont couru se faire tester. La direction de l’hôtel dans lequel s’est tenue la fête a également fait tester tout son personnel et a publié les résultats : négatifs ! Ouf ! Mais l’affaire ne s’arrête pas là ! Un professeur de l’école française était à la soirée ! Catastrophe ! Même s’il est lui aussi négatif, beaucoup de parents ont refusé d’envoyer leurs enfants en classe. Des rumeurs parlent même que l’école aurait décidé de fermer pendant quelques jours, alors même qu’elle venait seulement de rouvrir… Ce qui s’est avéré faux.
Les étrangers ne sont pas les seuls à paniquer. Les Cambodgiens s’affolent. Le Covid est là ! Il est de retour ! Et c’est encore un Français qui nous l’a amené ! « Maudits François » ! Cela ne suffisait pas qu’ils l’aient déjà apporté en début d’année* ! « Et votre mari, il travaille où ? », a demandé un voisin à ma femme, de loin, la main devant la bouche. On n’est jamais trop prudent. J’en profite pour faire un aparté ici : je vois quelques Cambodgiens conduire leur voiture, vitres fermées, avec le masque chirurgical sur le visage. Je me permets de leur dire que cela ne sert à rien, sauf s’il s’agit d’une voiture volée.

Bref, c’est sur Facebook que ça se déchaîne le plus. Certains ont même affiché la photo du fautif. Si ça peut aider la communauté des paniqués. Et si quelqu’un l’a croisé à Angkor Market, il peut courir se faire tester. On n’est jamais trop prudent ! D’autres estiment qu’il doit être « déporté ». Déporté où ? Dans des camps pour Covidistes ? Avec un pyjama rayé ? D’autres demandent à ce qu’il paye une amende de 10 000 dollars. A qui ? Pourquoi 10 000 ? Un quidam exige qu’un bracelet électronique lui soit posé à la cheville. Et nombreux sont ceux qui acquiescent et « likent ». « Dehors le Français ! Il met nos vies en danger ! »
Au fur et à mesure que les jours passent, il semble que personne n’ait été contaminé. C’est une bonne chose. Déjà que Siem Reap est ruiné ; manquait plus qu’elle tombe malade.

Bref, en ne respectant pas une mesure souple et simple à la fois qui repose sur la confiance et le bon sens, à savoir rester tranquillement devant Netflix à la maison durant deux semaines ; la seule chose qu’aura réussi à apporter ce jeune homme depuis la France, (en plus d’un vent d’incivilité), c’est sans doute un changement futur des règles pour les nouveaux arrivants. Et l’interdiction de faire sa « quatorzaine » à la maison.

Merci qui ?

Le Cambodge, des Khmers rouges à nos jours (2)

Parie 2 : « L’agression vietnamienne condamnée par de nombreux pays »

Avec la chute du Kampuchéa démocratique, la République populaire de Chine perd un régime allié sans s’être montrée capable de le protéger, et perd également 10 000 « conseillers » chinois faits prisonniers. Environ 1 000 autres se sont enfuis en Thaïlande devant l’attaque vietnamienne.

La Chine proteste contre la « guerre d’agression » menée par les « autorités réactionnaires » du Viêt Nam ; le 17 février, environ 120 000 hommes de l’Armée populaire de libération chinoise envahissent par surprise le Tonkin pour mener une « expédition punitive » contre le Viêt Nam, déclenchant la guerre sino- vietnamienne ; le conflit est bref et l’armée chinoise se retire le 16 mars, les deux camps ayant subi des pertes équivalentes. Aujourd’hui on appelle cela des frappes chirurgicales…

Si la Chine se contente de cette opération militaire ponctuelle, elle opte par contre pour une aide de longue haleine aux Khmers rouges, qui ne désarment pas après avoir été chassés du pouvoir.
Au niveau international, l’entrée au Cambodge des troupes vietnamiennes est condamnée par la majorité des pays. Ainsi, au lieu de considérer cet évènement comme la fin d’un régime génocidaire, la communauté internationale estime que le Vietnam est une force d’occupation illégale.

Sous la pression notamment de la Chine et des États-Unis qui souhaitent empêcher le Viêt Nam et surtout son allié, l’URSS, de se poser en puissance dominante en Asie du Sud-Est, l’ONU ne reconnaît pas la nouveau gouvernement de Phnom Penh mis en place par le Vietnam le 10 janvier 1979.
A la suite d’un vote en novembre de la même année, les Nations unies considèrent même le Kampuchéa démocratique, le parti de Pol Pot, dont le représentant continue de siéger à l’Assemblée générale, comme seul gouvernement légitime du Cambodge.
La communauté internationale décide que le régime des Khmers rouges est un régime « fréquentable » qui aurait du rester en place. La réalité géo-politique a ses raisons que les peuples ignorent…

Les Khmers rouges se sont réfugiés sur toute la zone frontalière avec la Thaïlande, lieux difficiles d’accès et escarpés, qui s’étendent du nord au sud avec parfois, comme à Along Veng, à deux heures de route de Siem Reap, là où est enterré Pol Pot, des falaises à pic, imprenables.

Le Viêt Nam obtient pour sa part une aide accrue de l’URSS. Le conflit au Cambodge devient désormais un conflit géographiquement circonscrit, dont la situation dépend de l’évolution des rapports entre la Chine, l’URSS et les États-Unis.

Le Cambodge, des Khmers rouges à nos jours

Partie 1 : Pol Pot et les Vietnamiens

Si beaucoup connaissent plus ou moins bien l’histoire tragique du Cambodge et la folie meurtrière de Pol Pot et de sa clique, peu sont ceux qui savent ce qu’il s’est passé lorsque les Khmers rouges a pris fin. Entre 1979 et 1999, une zone d’ombre flotte sur l’histoire du royaume. Et beaucoup d’individus et de nations ont tout intérêt à ce que ce pan du récit de la vie des Cambodgiens reste dans cette zone d’ombre.
Voici donc en plusieurs épisodes un résumé de cette histoire contemporaine.

Crédit photo : Roland Neveu

Nous sommes en mai 1975, soit seulement un mois après la chute de Phnom Penh. Les forces armées khmères rouges se positionnent à la frontière vietnamienne, au sud, près du Kampuchéa Krom que les Khmers rouges envisagent d’annexer en tant que berceau historique du peuple khmer ; des escarmouches opposent les Khmers rouges à l’Armée populaire vietnamienne et, à la suite d’une visite de Lê Duẩn – le premier ministre vietnamien – à Phnom Penh pour régler le conflit, Pol Pot présente ses excuses en prétextant un malentendu.

On aurait pu croire que tout rassemblait ces deux pays, communistes, fervents anti impérialistes. Or à la mi-1977, les troupes des Khmers rouges effectuent à nouveau plusieurs incursions meurtrières en territoire vietnamien. Toujours en 1977, la ligne dure de l’Angkar, représentée par Pol Pot et Ieng Sary, entreprend de purger l’appareil du Kampuchéa démocratique des cadres pro-vietnamiens, ou supposés tels. Les populations d’ethnie vietnamienne sont en grande partie expulsées du Cambodge ou soumises à des persécutions. En décembre 1977, 20 000 soldats de l’armée vietnamienne pénètrent en territoire cambodgien puis se retirent au bout de quelques jours, emmenant avec eux environ 300 000 Vietnamiens. La tension entre les deux pays est bientôt à son maximum : le Viêt Nam, qui vise le leadership politique sur les pays communistes de la région, noue dans ce but une alliance étroite avec le Laos ; le Cambodge des Khmers rouges, au contraire du Laos, refuse de se subordonner au voisin vietnamien et se lie à la République populaire de Chine. Dans le courant de l’année 1978, les deux camps se préparent à l’affrontement. Au Cambodge, les Khmers à la peau pâle, les métis vietnamiens et les Khmers de Cochinchine sont victimes de massacres en tant qu’« ennemis de l’intérieur » ; du côté vietnamien, on se prépare méthodiquement au combat.

Les Vietnamiens constituent, avec d’anciens cadres Khmers rouges ayant fui les purges de Pol Pot, une organisation chargée d’incarner l’opposition cambodgienne pro- vietnamienne : le 3 décembre 1978, le Front Uni National pour le Salut du Kampuchéa (FUNSK), dirigé par Heng Samrin, un ancien cadre Khmer rouge réfugié au Viêt Nam, est officiellement créé en territoire vietnamien.
A ses côtés se trouvent également un tout jeune dissident Khmer rouge, qui a également quitté le Cambodge pour le Vietnam en 1977, Hun Sen.

Le 25 décembre 1978, le Viêt Nam passe à l’attaque :
170 000 soldats vietnamiens déferlent sur le Cambodge. Le 2 janvier 1979, c’est l’offensive finale. L’offensive terrestre, conduite par des blindés sur les routes principales, a été couverte par les forces aériennes des MiG-19 soviétique et des F-5 et A-37 américains capturés, et appuyée d’opérations amphibies. Les troupes khmères rouges sont facilement mises en déroute et, le 7 janvier 1979, les troupes vietnamiennes entrent dans Phnom Penh désertée. Un nouveau gouvernement communiste cambodgien, favorable au Viêt Nam, est rapidement mis en place, le 10 janvier, le régime prenant le nom de République populaire du Kampuchéa.

Le 7 Janvier 1979, est la date célébrée aujourd’hui au Cambodge comme le jour de la chute du régime des Khmers rouges. C’est bien entendu un jour férié. Nombreuses sont les rues, et écoles à porter le nom de 7 janvier. Bram Peul Makara en Khmer.
Mais l’on trouve également, même s’ils sont plus rares, des établissements portant le nom du 10 janvier. Car c’est le jour de l’instauration du nouveau gouvernement qui remplace le régime de Pol Pot.